Et alors l'empereur, au faîte de sa puissance nomma un peintre dont le travail consistait uniquement à figer pour la postérité l'extraordinaire couleur des nuages. Le peintre fit du mieux qu'il put, utilisa des techniques presque inconnues, en inventa d'autres à base de lait de vierge et de sang de salamandre, mais malgré tous ses efforts, chaque matin le ciel inventait de nouvelles nuances, de nouvelles transparences : il échoua. L'empereur, mécontent lui fit trancher la tête.
Alors l'empereur fit venir un musicien. Il lui ordonna de retranscrire sur le papier les infimes variations du vent dans les feuilles des bouleaux. Le musicien s'assit de longues heures au bord des étangs à écouter la musique des dieux. Puis il s'isola pendant deux longues années dans une cellule qu'il fit capitonner. Malgré tous ses efforts, le bruit du vent s'échappa de sa mémoire et il échoua. L'empereur, très déçu, lui fit couper la tête.
Il fit venir auprès de lui un écrivain de haïkus très célèbre dans son pays et lui demanda de retranscrire par écrit la fraicheur des ruisseaux, la morsure de la soif et le goût de métallique de l'eau qui sourd du rocher. L'écrivain partit à pied pour un long voyage et lorsqu'il revint, pas une feuille de papier n'était noircie. L'empereur, lassé, lui fit tout de même couper la tête.
De ce jour l'empereur accepta de vieillir.
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