mercredi 8 juillet 2009
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l'âne Onyme
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mardi 7 juillet 2009
J'aurais aimé vous plaire
J'aurais aimé vous plaire, utiliser un langage policé, surveiller mes subjonctifs passés et mes futurs antérieurs. J'aurais aimé être dans le ton, lisse comme un premier de la classe, bien intégré et performant. J'aurais aimé être cultivé, avoir réussi et n'avoir rien à prouver.
J'aurais aimé être comme vous m'attendiez : prévisible et tranquille.
J'aurais aimé avoir la bonne réplique au bon moment, être brillant, organisé.
J'aurais aimé être heureux dans mon monde.
Mais je ne suis pas tel que vous auriez aimé que je fusse. Je ne suis pas travailleur, intelligent, patient.
Je n'ai pas toujours appris la leçon. Je n'ai toujours pas appris la leçon.
Je n'ai pas toujours regardé quand il fallait que je regarde, entendu quand il fallait que j'entende. Obéi quand il le fallait.
Je ne suis pas à l'aise dans les colloques, je ne me sens pas chez moi chez les nantis. Je n'ai jamais aimé l'argent.
La misère aux ongles d'acier ne me laisse pas de répit, je n'ai jamais pu regarder ailleurs, je n'ai jamais pu regarder au dessus. Je n'ai jamais pu me résigner à l'état du monde.
Je n'ai jamais pu me taire.
Je n'ai jamais non plus réalisé l'équilibre entre l'action et la réflexion, entre le courage et la lâcheté, entre la générosité et l'avarice.
Finalement j'aurais aimé vous plaire, mais je n'ai pas pu.
Ça représentait vraiment trop de travail et rien que d'y penser j'en étais épuisé.
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l'âne Onyme
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dimanche 5 juillet 2009
La voisine
Je m'accoude à la fenêtre et aussitôt me vient cette odeur de fer chaud et de vieux ciment. De vieux ciment gris avec de la mousse noire et du lichen jaune. Gris, noir et jaune, voilà comme est décoré mon immeuble.
J'entends pas très loin couler le flot des voitures. Et en plus bruyant encore celui des ambulances qui font le trajet vers Purpan ou Rangueil en fonction du jour. J'ai le choix : mourir de chaud dans la touffeur de ce mois d'août ou me laisser perforer les tympans par les stridences des ambulances.
Heureusement, au bout d'un moment, tout s'éloigne et je me retrouve seul, comme dans un rêve.
Seul au monde au milieu de la ville.
En août.
A gauche et de l'autre coté de la place, en face du marché, il y a un bain public. De ces bains publics à l'esthétique art déco ouvrière qui est en soi un hymne au progrès et à la fée électricité. Du genre que l'on a détruit peu à peu et dont on se rend compte de la luisante poésie qu'après coup, par le trou que ça laisse.
Voila mon univers : le magasin de la boulangère moustachue qui vend ses chocolatines et les enduit de miel pour qu'elles collent au papier qui les enveloppe, le bureau de tabac qui offre des pipes de toutes sortes, des ustensiles en cuivre, des briquets et tout ça dans un bric-à-brac épouvantable qui a fait la renommée de l'établissement et le marchand de chaussures qui jouxte mon immeuble et dont le store publicitaire orné d'un incontestable, criard et jaune "chaussures" ombrage ma porte d'entrée.
Un endroit typique et calme.
S'il n'y avait ma voisine du dessous.
Je ne me suis pas méfié au début. Il est vrai que son apparence extérieure ne laissait rien transparaître de son infinie malice, du bouillonnement diabolique qui travaillait son intérieur : petite, brune, un visage rond et ridé comme un bulldog.
Très polie, trop peut être.
De sa malignité, il a fallu que j'attende le premier dimanche de mon installation pour m'en rendre compte : je dormais paisiblement après une soirée un peu arrosée. Ben quoi, il faut bien remercier les copains pour le coup de main.
Il devait être midi et vlan, d'un seul coup, plurielles au féminin, les grandes orgues.
Cette vicieuse avait ouvert la bonde électronique de son téléviseur et un fleuve de patrenôtres et d'invectives au diable venait inonder mon sommeil de Juste : la messe.
J'ai compris qu'elle serait la plus forte quand elle a passé le mariage de Charles et de Diana un matin de juillet à dix heures.
Elle avait aussi la ténacité du bulldog.
J'ai déménagé.
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mercredi 1 juillet 2009
Gagnants - gagnants
Dans le langage technocratique utilisé ad vomitum, c'est l'expression qui veut indiquer dans une négociation que finalement, il n'y aura pas de perdant.
C'est également la profession de foi libérale qui indique que la loi du marché profite à la fois aux actionnaires et aux consommateurs/travailleurs.
Laissez moi rire.
Enfin si l'on veut !
Deux exemples me viennent instantanément, en même temps qu'une sourde colère :
Deux crash d'airbus successifs : non, ce n'est pas la faute du manque d'entretien ou de modification des appareils, c'est juste la loi de l'offre et de la demande qui met aujourd'hui Air France au même niveau qu'une compagnie comorienne, régies toutes les deux par les susdites loi du marché.
Les actionnaires veulent des bénéfices, donc des ventes et des économies de fonctionnement. Résultat : on licencie à tour de bras et on limite la maintenance, comme dit l'expression on tire sur l'élastique.
Jusqu'au moment où il casse.
Moins grave, mais tout aussi représentatif : les biens de consommation que l'on fabrique aujourd'hui en Chine pour cause de faible coût de main d'œuvre ne cessent d'augmenter.
Je ne pense pas que les travailleurs chinois profitent de cette augmentation, ça se saurait. Ce ne sont pas les travailleurs français privés d'emploi qui en profitent non plus.
Où va cet argent ? Qui est gagnant dans cette histoire ?
J'aimerais bien que de temps en temps les habitants du monde se décillent les yeux ; ils s'apercevraient alors de la gigantesque escroquerie du néo libéralisme.
Gagnants gagnants, ouais !
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mardi 30 juin 2009
Ecrire ou pas ?
D'abord refuser la facilité.
On a toujours tendance à vouloir faire plaisir ou bien se laisser dépasser par l'habitude, utiliser des chemins piétinés, des pistes déjà défrichées. Ne pas être malhonnête. C'est si facile de l'être : il suffit de se laisser aller ou même d'oublier cette exigence d'une critique initiale.
Et puis oser, avoir cette indécence qui va permettre au bout du compte de verser en noir ses passions, ses regrets, ses fantasmes, ses illusions sur le blanc du futur.
Car si lire est du passé, écrire est un présent qui imagine un futur.
Alors samedi soir, à Sabres, j'ai décidé d'écrire et les mots me sont venus comme un flot.
Comme une averse.
Quand le flot s'est tari j'ai donné mes mots comme on jette des bateaux en papier au fil du courant.
Dans la bouche des autres, ils n'étaient déjà plus à moi.
Je les ai regardés partir sans regret.
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mercredi 24 juin 2009
L'éloge de la folie
La qualité essentielle de l’homme c’est d’être fou. François TOSQUELLES
Et que tout le problème c’est de savoir comment, il soigne sa folie.
Si vous n’étiez pas fou, comment voulez-vous que quelqu’un soit amoureux de vous, pas même vous.
Et que les fous que l’on met dans les asiles psychiatriques, c’est des types qui ratent leur folie.
L’essentiel de l’homme c’est de réussir sa folie..
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samedi 20 juin 2009
Idées reçues
j'en ai assez, mais alors vraiment assez d'entendre des patrons pontifier, nous rappeler que sans eux nous sommes rien et que lorsque nous demandons des augmentations de salaire et des cotisations sociales, nous mettons en difficulté les entreprises.
C'est faux : en augmentant le pouvoir d'achat nous augmentons la faculté d'acheter des classes qui en ont un besoin élémentaire et donc le besoin de produits manufacturés.
C'est faux : c'est bien le travail qui permet une augmentation de la valeur ajoutée du produit et qui donc, au travers de la marge permet les investissements et la survie des entreprises.
Je suis fatigué d'entendre les mêmes ânes braire les mêmes âneries sur les chaînes de la télé publique. Qu'on nous en débarrasse !
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vendredi 19 juin 2009
Sans commentaire
ROME (AFP) - Le monde a franchi en 2009 le cap "historique" du milliard de personnes sous-alimentées en raison de la crise économique, a annoncé vendredi à Rome l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
"C'est avec un grand regret que je dois annoncer que nous avons plus de victimes de la faim aujourd'hui que jamais auparavant dans l'histoire de l'humanité", a déclaré à la presse Jacques Diouf, directeur général de la FAO en présentant un rapport de la FAO.
Allez les libéraux, continuez, ne lachez surtout rien...
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vendredi 29 mai 2009
Delenda est Europa
En tout cas cette Europe des lobbies, cette Europe des trusts.
Les journalistes et leurs alliés politiques, ceux qui justement nous ont confisqué les résultats du référendum, ont annulé ce que ces résultats voulaient dire et osent aujourd'hui prétendre que les français ne sont pas intéressés par l'Europe.
Ce n'est pas exact, les français ne sont pas intéressés par le déni de démocratie que représente l'Europe :
un Conseil Européen qui est censé rédiger les lois assiégé par les lobbies de tout poils (plutôt vison si vous voyez ce que je veux dire) et qui est composé de membres nommés par les pouvoirs en place.
un parlement européen, une sorte de tour de Babel sans réel pouvoir sinon d'approuver, de refuser ou d'amender des lois dont ils ne perçoivent pas toujours ni les tenants, ni les aboutissants.
Une Europe livrée aux multinationales qui poussent la politique vers le libéralisme le plus sauvage.
Et ils voudraient que nous allions voter pour ça, alors que nous avons refusé par référendum ce type de gouvernance.
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Un "non" de gauche
Exagération, erreur de la justice, enquête bâclée.
Quoiqu'il en soit, Julien Coupat est libre. Et une petite voix me dit que tout ceci n'est pas une bavure. C'est au contraire un signal fort aux bourgeois vieillissants et frileux que mai 68 a enfantés et qui tremblent de voir le monde changer, changer sans eux. C'est à eux que s'adresse le pouvoir pétainiste en place :
"Ne tremblez plus, nous sommes là. Nous sommes prêts à faucher le blé en herbe des idées révolutionnaires, nous sommes prêts à emprisonner arbitrairement; à questionner, à faire avouer. Nous sommes là pour vous protéger.
Nous sommes prêts à enfermer femmes, enfants, transfuges du monde poubelle que votre consommation effrénée a créé. Nous sommes prêts à opposer des barrières électrifiées aux coups de boutoir que le monde réel nous assène.
Nous sommes prêts également à vous aveugler, à vous anesthésier, à vous gaver, pour que vous soyez encore déconnectés de la réalité.
Pour que vous nous laissiez le pouvoir."
Et c'est bien là le noeud de cette affaire, le pouvoir. Comment des politiciens qui abandonnent tout : argent, femmes, enfants pour la seule satisfaction de se voir saluer bien bas, qui mettent en paravent un prétendu "bling-bling" à de plus funestes désirs, à une perversion plus profonde, comment peuvent-ils accepter une telle liberté, comment peuvent ils tolérer une fière et jeune intelligence ?
Eux qui ont usé de leur bêtise crasse, de leurs désirs troubles les allées fréquentées du pouvoir, comment peuvent ils tolérer des chemins de campagne libres et ensoleillés ?
Ils nous enferment pour se rassurer de leur normalité, pour justifier leur propre enfermement dans des idées étroites, dans une réalité limitée qui les tranquilise.
Et nous, tranquillement nous répondons :"non".
Et c'est ce "non" qui les terrorise.
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vendredi 15 mai 2009
Le jeu des perles de verre
Cette nuit j'ai eu envie de jouer au jeu des perles de verres.
Josef Valet m'avait initié, il y a très longtemps, presque au seuil de l'enfance et alors je n'y avais rien compris. Ou pas grand chose.
La difficulté dans ce jeu est de poser l'échiquier, le plateau. C'est un plateau virtuel, multidimensionnel qui ne peut exister que dans l'imagination. Une fois posé le plateau, il reste à animer les différents éléments qui vont permettre de jouer. Il s'agit d'éléments sensoriels : musicaux, visuels, odorants et tactiles. Ces éléments doivent interagir afin d'obtenir la plus belle partie possible.
La logique qui fait déplacer les pièces elle aussi doit être belle, rigoureuse mais pas trop.
La tentation du débutant est de multiplier les fioritures, de descendre et remonter les gammes de couleurs et les harmonies musicales, les symphonies olfactives . Mais la beauté vient parfois aussi de l'opposition entre formes, du léger désaccord entre les notes qui fait apprécier l'accord juste. Qui le fait attendre, qui parfois l'annonce, comme une caresse attise le désir, comme si une note de Miles Davis annonçait un accord de Bach ou une surprise de Satie.
Une longue pratique du Jeu amène à une simplification progressive, à une recherche du suggéré, du pressenti, du prémonitoire.
C'est comme dans la cérémonie du thé : juste faire et servir une tasse de thé.
L'art naît lorsque, partant de la complexité, on atteint la simplicité essentielle.
Et cette nuit la partie a été très belle : j'ai très peu dormi.
«On doit être un logicien ou un grammairien rigoureux, et être en même temps plein de fantaisie et de musique.»
Herman Hesse - Le jeu des perles de verre
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mercredi 6 mai 2009
Service public
Bon, allez, vous ne me la ferez pas, je suis sur que vous ne connaissez pas les paroles de notre célèbre chant révolutionnaire.
Non, je ne parle pas de la marseillaise que nous ne pouvons plus siffler en chœur depuis qu'elle a été récupérée par les hommes du pouvoir.
Alors, puisque ce blog s'est assigné un devoir de service public...
Post sciptum pour les surveilleurs de blog et de sms : apprenez-la rapidement, le révolte gronde et de pouvoir la chanter avec les autres vous sauvera peut être de l'avanie (et framboise).
Debout ! les damnés de la terre
Debout ! les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère :
C’est l’éruption de la fin
Du passé faisons table rase
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !
Refrain
C’est la lutte finale
Groupons nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain.
Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni dieu, ni césar, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !
L'état opprime et la loi triche ;
L’impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois ;
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
« Égaux, pas de devoirs sans droits ! »
Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû.
Les Rois nous saoulaient de fumées.
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.
Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
Le riche ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !
Pottier / Degeyter - L'internationale
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samedi 2 mai 2009
Je suis une légende
C'est le hasard. En fouillant les tiroirs de la vieille maison, je suis tombé sur un cahier bleu d'écolier, un cahier comme on en avait, de brouillon, de mauvaise qualité.
Autrefois, il y avait les beaux cahiers pour mettre au propre les mots de l'instituteur, sacralisés par cette transcription et puis les autres, ceux où l'on déposait les balbutiements de ses idées, les scories de ses rêves.
Là c'était un cahier de brouillon, avec des pages qui s'effritaient lorsque je les tournais.
Ce qui m'a poussé à quand même le feuilleter, c'est l'étrange inscription de la couverture : « Je suis une légende » annonçait-elle.
Ça me rappelait un J'ai Lu de la meilleure période, série SF, de Matheson je crois. L'époque ou je volais dans les rayons l'indispensable nourriture intellectuelle. D'accord plutôt un sandwich au fromage dans ce cas, mais délicieux quand on a vraiment faim.
Je poursuis ma lecture, je tourne les pages et les passages m'emplissent les yeux, des bribes de phrases, comme celles que l'on entend lorsque l'on est à l'écart et que les conversations nous parviennent de loin.
« Dans les méandres obscurs de mon cerveau, c'est là que je trouve les victimes qu'ils m'envoient. Je suis au centre de cette toile et je sens la moindre vibration, le moindre souffle.»
Et plus loin : « Ils pensent obtenir les faveurs de dieux, ils pensent faire pencher le fléau de leur coté. Mais qui tient le fléau ?»
Et puis : « Ils sont les seuls auteurs des crimes dont ils m'accusent. Ils savent ma sauvagerie, ils connaissent mes envies, mes soifs, mes faims, mes pulsions.»
Ces messages me sont parvenus par hasard, d'un au delà de la rêverie. Je ne voulais pas vraiment ouvrir ce cahier, mais je l'ai ouvert. Je ne voulais pas vraiment le lire, mais je l'ai lu.
J'aurais dû être effrayé à sa lecture, mais je ne le suis pas.
C'est le minotaure en moi qui a écrit ; je le connais, il ne me fait plus peur.
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dimanche 26 avril 2009
Labyrinthes
Il m'a fallu de nombreuses années et c'est à l'automne de ma vie que je pense non pas avoir résolu l'énigme, mais m'être seulement rapproché de son centre.
J'ai parcouru le monde entier le Livre à la main. J'ai usé des chemins pierreux et des routes herbeuses. J'ai gravi puis redescendu des montagnes. Seul le doute en moi subsistait.
Les indications parfois étaient claires mais parfois demandaient une remise en cause de ma compréhension même. Un meurtre de ma logique ancienne pour que de ses cendres puisse en renaître une nouvelle, qui me permette de reprendre la piste là où elle m'avait échappé.
Le bruissement sans fin des eucalyptus, l'odeur magique du lilas ou celle des roses de Smyrne, chez Madame Carton où j'ai connu Nerval. Tanger la bleue et l'ombre de Loti que je devais suivre à travers les ruelles du Grand Socco. Tous ces indices n'étaient finalement que des leurres, des impasses, des fausses pistes.
Dans ce rêve infini dans cette quête sans objet il a fallu que je repousse des fantômes et des prêtresses vierges, des monstres et des enfants. Il a fallu que je tourne en rond ou que j'aille droit jusqu'au bout de mes idées.
J'ai enfin usé mes yeux aux lueurs des bougies et c'est dans le tain de la cécité que j'ai pu alors lire la vérité.
Le labyrinthe était le Livre lui même.
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mardi 21 avril 2009
La pierre de lune
Comme tous les autres je me suis levé cette nuit pour aller déchiffrer les inscriptions. Je sais que c'est interdit, mais comme tous les autres je cours le risque.
Souvent la pierre a été éclaboussée de sang. C'est le prix de la vérité. Le prix de la connaissance.
Le chemin sous la lune est bruyant et pierreux. Les ombres se détachent sur la roche calcaire et le froid paraît plus brillant encore. L'allée de cyprès s'allonge vers le sanctuaire, comme pour en indiquer le sens. Je serre ma cape autour de mon corps, excité et effrayé par ce que je vais apprendre.
On m'a souvent dit que les inscriptions, illisibles le jour, incompréhensibles, prenaient leur sens sous la lumière nocturne. Donnaient leur sens au lecteur.
Je me suis interrogé maintes fois sur la signification de cet étrange phénomène, comme si le lecteur était l'écrivain de son propre destin, en plus d'en être l'acteur.
Dans quelques secondes je serai fixé. Dans quelques secondes, le temps que les nuages se dissipent.
Es trivial y fortuita la circunstancia de que tú seas el lector de estos ejercicios, y yo su redactor.
Jorge Luis Borges - Fervor de Buenos Aires
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La cape rouge de l'ivrogne
J’ai une pierre dans la chaussure
Et ça me gène
J’ai un caillou et ça m’empêche de marcher
Les gens qui passent me bousculent sans me voir
Les gens qui passent se moquent en me voyant
Je vais par les rues les plus sombres de ce quartier
Je vais par les rues, sans une âme aux alentours
Je m’effondre dans mon corps tremblant
Je m’écroule sans un endroit où pouvoir tomber
La vie que j’ai est comme ça
Sans personne à qui parler
Toujours seul et triste
Sale et maigre
Sale et maigre dans le zaguán
MULETA DE BORRACHO
Letra de Jesús Fernández Blanco
Musica de Daniel Melingo
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dimanche 19 avril 2009
Me cago en la hostia !
Diego Velasquez - La reddition de Breda
Vla-t-y pas que notre amuseur national fait de l'esprit en insultant les responsables des pays voisins et néanmoins amis ?
Heureusement que nous sommes au vingt et unième siècle, jadis on vous aurait déclenché une guerre de trente ans pour moins que ça.
Tout fout le camp je vous le dis, y compris la plus élémentaire courtoisie.
Vous voulez que je vous dise, notre nabot national est tellement habitué à recourir à l'insulte pour combler son égo défaillant que parfois ça dérape. Enfin c'est juste mon avis.
Mais ce qui m'amuse le plus c'est de voir les courtisans se démener, le bon docteur Koukouche en tête.
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Un pudding de saison
Une recette des temps pauvres, enfin, pauvreté n'est pas misère. Bref.
Donc je vérifie que personne n'a jeté le pain dur que je conservais pour quelque farce ou panure (suivez mon regard...). Un litre de lait, j'ai. Quatre ou cinq œufs, j'ai aussi et au moins cent cinquante grammes de sucre. Des raisins secs ? Oui ! Et puis une pomme oubliée, des abricots, des amandes, des pruneaux ou même des figues sèches que je pourrai faire tremper dans du thé. Des trucs comme ça quoi. Un peu d'huile ou de beurre c'est selon les goûts ou la diététique. Un peu de farine, de quoi chemiser un moule à manqué ou un plat à gratin en verre.
Bon je commence : il faut laisser tremper le pain dans le lait, longtemps, le temps que le pain se réduise complètement en bouillie sous les doigts, c'est dire... La quantité de pain ? Assez, je n'ai pas d'autre mesure. Assez de pain pour que le mélange aie la consistance d'une bouillie un peu molle.
Ensuite, on rajoute le sucre, les œufs cassés tous ensemble. On rajoute tous les ingrédients et un verre à porto de rhum, de whisky. Non pas le Caol Ila. Quoique...
On rajoute un verre à moutarde d'huile ou l'équivalent de beurre fondu ou moitié moitié
Il suffit de chemiser un moule, de verser la préparation dedans et de recouvrir le tout d'une couche fine de sucre.
On enfourne au moins trois quart d'heure à 180 degrés avec la lèchefrite à moitié pleine d'eau c'est encore mieux. On vérifie la cuisson, je ne vous apprends rien : le couteau humide mais pas recouvert de pâte.
On sort du four quand c'est cuit.
ET ON A LA PATIENCE d'attendre le lendemain pour déguster. C'est bien meilleur.
Mais j'avoue j'ai rarement la patience.
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vendredi 17 avril 2009
jeudi 16 avril 2009
On écrit...
«Ce n'est pas pour devenir écrivain qu'on écrit. C'est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour.»
Christian Bobin- La part manquante
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C'est juste comme ça
C'est juste comme la forme des avions qu'on m'offrait quand j'étais petit. Rien à voir avec les vrais, des avions de rêve, avec un gros ventre comme une baleine.
J'en rêvé des choses, j'en ai rêvé. Des voitures de métal aussi, comme des Panhard-Levassor. Sans queue ni tête.
Et puis la fusée de Tintin, le bateau de Rackam Le Rouge et les rêves d'aventure que j'avais au lieu d'écouter le prof de maths ou de français qui s'évertuait au tableau à me dire des choses que je ne comprenais pas, car dites dans une langue inconnue : celle de l'au-delà du rêve, celle du monde réel.
C'est comme ça
C'est comme si Alice était restée dans le terrier du lapin, habituée à croiser le chat du Cheshire. Habituée aussi à grandir ou retrécir, à la demande, tout naturellement...
- The time has come, the Walrus said,
- To talk of many things:
- Of shoes and ships and sealing wax
- Of cabbages and kings
- And why the sea is boiling hot
- And whether pigs have wings.*
Et puis gagner sa vie, ne pas trop la perdre.
Essayer de revenir parfois dans le rêve acide sans trop de douleur.
Prendre pour de la nostalgie ce coup au cœur à la vue d'un oiseau mécanique ou d'une auto métallique d'un autre siècle sur l'étal d'un marchand.
A la brocante !
(*) Lewis Caroll - Alice in wonderland
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dimanche 12 avril 2009
Actions faites
Recherché sur Emule les peintures de Francis Bacon (si, si on a le droit).
Taillé à la mesure environ 30 carreaux parce que j'ai voulu faire un carrelage en diagonale.
Me suis demandé si j'avais réussi mon examen d'auditeur environnement (au moins 20 fois).
N'ai pas trouvé la réponse à la question ci dessus.
Et de toute façon...
Me suis imaginé que je n'étais pas sur terre pour sauver les hommes, les femmes et toutes les bêtes qui rampent... Ça marche.
Me suis imaginé que j'étais sur terre juste pour vivre, pour vivre ma vie. Là aussi ça marche.
Me suis demandé si le fait de vouloir faire un carrelage en diagonale en n'étant pas carreleur n'était pas une façon de mettre la barre très haut afin que je sois pardonné si je ne la passais pas (tu me vois, Papa ?).
Me suis dit qu'il fallait que j'améliore mon anglais car j'avais des difficultés à lire Brooklyn Follies dans le texte et que je ne connaissais pas d'expression anglaise équivalente à "To fuck the flies". Ça peut servir.
Me suis dit qu'il fallait que je vive comme un humain de temps en temps. Je me suis lavé, rasé et suis parti faire quelques courses.
Me suis dit qu'il fallait aussi que j'allège mes épaules du poids que je porte, parce que j'ai encore un peu de route à faire.
Je me suis remis en route...
Francis Bacon - Study for a crucifixion. Cru si fiction ? dirait Lacan
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vendredi 6 mars 2009
Enlarge it, guy !
D'abord je ne m'appelle pas Guy, et ensuite je me demande bien comment ils ont pu savoir que j'avais besoin de l'agrandir, chez internet. Vous aurez compris qu'il ne s'agit pas de ma culture, qui comme la confiture n'a guère besoin d'être étalée, mais plutôt de ce que la pudibonderie américaine appelle "my manhood", (two, three inches, ce qui n'est ma foi pas mal).
Bon là encore parmi les pubs matinales celle ci aurait plutôt le don de m'amuser.
Mais il y en a que je trouve particulièrement déplacées : ce matin, pas moyen d'échapper au dispositif Scellier qui moyennant un investissement dans l'immobilier vous exonère d'une partie de vos impôts.
Zut et si vous n'avez pas les moyens d'investir ? Eh bien vous payez vos impôts, bande de pauvres !
Et cette indécence là, elle ne gène personne !
Bientôt il sera interdit de boire un verre en public, ne parlons pas d'en griller une, mais vous pourrez ostensiblement faire parader votre Rollllllex à votre bras bronzé aux UVA.
Et parler avec vos amis des meilleures méthodes pour mégoter quelque euros à la contribution solidaire. Et râler contre ces feignants de fonctionnaires qui ne font pas leur boulot. Et se dire que s'il y avait un peu moins d'immigration, il y aurait plus de travail pour les français.
Et devenir un blaireau.
Ben oui c'est ça l'objectif des publicités matinales sur internet.
Vous transformer en blaireau.
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samedi 28 février 2009
Les mâchoires de la république
Ah ils savent broyer, rabaisser, concasser ! Ils savent briser les os jusqu'à ce que l'âme ne soit que bouillie. Que le corps ne soit plus que le sac, la bourse, de testicules stériles.
Ils les briseront tant qu'ils résisteront. Ils en sont spécialistes.
Ils pensent que comme cela ils en feront des exemples, qu'ils écraseront toute velléité, toute pensée, tout désir.
Ils ne veulent pas que le désir soit autre que celui dont ils décident, que celui qu'ils commanditent.
Ils veulent que le désir soit leur arme.
Mais dans l'ombre, dans la fange, dans la boue glissent des êtres informes, pas encore complètement définis, pas encore complètement formés. Ces êtres sont les débris de leurs fantasmes, les rognures de leurs envies. Ces êtres sont remplis du manque qu'ils créent en voulant remplir à tout prix, de toute force.
Ces êtres savent en vivre, de ce vent et de ce manque. Ce sont des êtres de rien.
Et ces êtres les effraient.
Alors ils les emprisonnent et les mâchoires de la république font leur office de broyer, de mastiquer, de détruire.
Mais cela ne sert à rien, les mâchoires de la république ne mâchent que du vent, que du manque. Les mâchoires ne savent pas manger cette sorte de nourriture. Se nourrir de cette sorte de nourriture.
Alors, le crapaud assis sur le toit de l'Élysée en est pour ses frais, ils résistent toujours.
Est-ce pour cela qu'ils n'ont toujours pas libéré Julien COUPAT ?
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l'âne Onyme
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jeudi 26 février 2009
Eschatologique ? Pensez - vous !
J'ai souvent le sourire en ce moment, j'ai même le moral qui remonte au fur et à mesure que les actions de Renault descendent.
Non ce n'est pas le fait d'avoir raison qui me donne la banane comme ils disaient en Panama et comme on dira bientôt en france. Ce n'est pas non plus le fait de voir tous ces spéculateurs à la petite semaine constater que la cupidité ne paie pas. Non c'est pas ça.
Ce n'est pas non plus d'assister à la fin d'un monde. D'un monde régi selon des règles qui vont à l'encontre de ce qu'est réellement un homme.
Ah certes, il s'accrochent : à leurs dollars, à leurs idées. Ils sont pitoyables et indécents et ils ne se rendent pas compte que chaque décision qu'ils prennent ne fait qu'accélérer le processus. Mais ce n'est toujours pas ça qui me fend la poire, comme ils disent chez Morand.
Non, moi j'espère. J'espère que le prochain monde sera meilleur.
C'est cet espoir qui me donne le sourire
Scatologique ? Oh à peine !
Et puis, il faut quand même que je vous en répète une bien bonne. Entendue l'autre jour aux infos de Groland :
Le grand-père Jules, ouvrier, communiste et militant syndical, a été de toutes les luttes depuis avant 1936, toute sa vie, il est resté debout...
Le père, Maurice, a bénéficié de la promotion sociale, artisan, il n'a pas oublié la tradition familiale, plutôt socialiste, il est toujours resté attaché à l'idée de respecter ses ouvriers. Toute sa vie, il est resté debout...
Et voici le fils, Bertrand, il est cadre. Il bosse encore plus d'heures que son grand-père avant 1936, beaucoup de ses heures ne sont pas payées parce que c'est comme cela pour les cadres. Depuis quelques années, son salaire n'augmente plus, sa charge de travail fait le contraire, et il ferme sa gueule parce que la maison n'est pas finie de payer et qu'il a aussi un crédit sur le 4x4.
Lui aussi, il reste debout... Mais c'est parce qu'il a trop mal au cul pour s'asseoir !
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l'âne Onyme
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dimanche 22 février 2009
La stratégie du chaos
A l'image de leur vision du monde, pour s'attaquer aux édifices du bien commun qu'ils convoitent, les néo-libéraux se servent de la stratégie du chaos. C'est une arme redoutable et particulièrement efficace : ce serait comme aux échecs si l'on déplaçait plusieurs pièces en même temps.
Prenons par exemple l'Education Nationale et imaginons que nous voulions la détruire pour ensuite livrer ses services au privé :
- diminution des budgets et du nombre de fonctionnaires
- dévalorisation des métiers que l'on veut "vendre" au privé (y compris utilisation d'insultes)
- mise en concurrence des établissements
- mise au pas des enseignants par des stratégies frontales et contournantes (service minimum d'accueil, agence nationale de remplacement, sélection par le niveau de diplôme...).
Ils espèrent ainsi que les contestataires se trouveront devant des situations incompréhensibles pour eux. C'est dire leur mépris...
Ce que ces génies de la stratégie militaire ont oublié, c'est qu'avec le chaos, on ne sait jamais ce qui peut résulter. Ils peuvent ainsi déclencher un révolutionnaire ras le bol, avec des effets imprévus.
Certains devraient déjà réserver des billets d'avions vers des pays sans accord d'extradition.
Moi, c'est juste un conseil que je leur donne...
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jeudi 19 février 2009
Le grand guignol
La marotte dans le poste a encore fait son spectacle, mais le scénario commence à être usé :
1) je m'étonne et je fais partager mon étonnement : « savez vous que ... » (au choix : des français vivent sous le seuil de pauvreté, il y a des injustices en Guadeloupe.. etc..)
2) je m'insurge :« c'est intolérable ....! »
3) je prends une décision hâtive et irréfléchie ou bien je convoque une commission, des états généraux, un grenelle ad hoc et
4) je ne donne pas les crédits nécessaires ou je prends sur des fonds utilisés par ailleurs ou je m'empresse d'oublier mes promesses.
Cela va-t-il fonctionner avec nos compatriotes d'outremer (ah oui, ultramarin est très à la mode en ce moment, très... glamour)
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Comment se débarrasser du syndicalisme ouvrier
Recette de 1917
Sans vouloir tomber dans la psychose du complot, la guerre de 1914 a été bien utile pour éliminer les premiers sursauts de rébellion à l'aube de la mise en place de la société capitaliste et toute une génération a été décimée.
D'autres recettes ont été essayées depuis.
La Chanson de Craonne
Quand au bout de huit jours, le repos terminé
On va reprendre les tranchées
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher,
Et le cœur bien gros, comme dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette
On s'en va là-haut en baissant la tête
{Refrain:} Adieu la vie, adieu l'amour
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés.
Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la relève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu'un qui s'avance :
C'est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement, dans l'ombre, sous la pluie qui tombe,
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes. {au Refrain}
C'est malheureux d'voir, sur les grands boulevards,
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous, c'est pas la même chose
Au lieu d'se cacher, tous ces embusqués
Feraient mieux de monter aux tranchées
Pour défendre leurs biens, car nous n'avons rien
Nous autres, les pauvres purotins.
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendre les biens de ces messieurs-là
{Refrain:} Ceux qui ont l'pognon, ceux-là reviendront
Car c'est pour eux qu'on crève
Mais c'est fini, car les troufions
Vont tous se mettre en grève
Ce sera votre tour, messieurs les gros
De monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau !
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dimanche 15 février 2009
Tango maladroit
Yen a qui à longueur de temps
Regardent les modes d’emploi
Et les notices des crêpières
Moi j’appuie n’importe comment
J’arrache le papier crépon
Du joli paquet de Mireille
C’est comme ça je n’ai jamais su
Tartiner sans casser biscotte
Servir soupe sans éclaboussure
Ne pas me cogner dans les murs
Et savoir garer des voitures
Sans plaie ni bosse sur le pare-choc
Mais dans les arbr’ ya des zoizeaux
Qui crient très fort, comme des veaux
Et j’leur réponds du même ton
Je rest’ des heures longtemps assis
A regarder toutes les fourmis
Qui sortent de la fourmilière
C’est sur je n’serais pas docteur
Je n’serais pas un aviateur
Ni un grand ponte de passage
Mais j’aurai pu fixer des heures
La beauté dans toutes ses couleurs
Et la vie dans tous ses ramages.
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l'âne Onyme
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